Les réseaux sociaux quand on est introverti.e : enfer ou paradis ?


Non classé / vendredi, mars 23rd, 2018

Je considère les réseaux sociaux comme les descendants des anciens skyblog et myspace que nous prenions plaisir à enrichir de contenu maladroit il y a une douzaine d’années. Moi qui possède un large penchant pour l’introversion (mais très sociable, et là est toute la complexité), j’ai toujours passé beaucoup de temps derrière l’écran. Plus que mes amies. Des heures à rédiger des textes, à bidouiller du langage html rudimentaire qui résultait en un titre au dégradé de couleurs douteux, mais dont j’étais toute fière à l’époque. De longues heures à retoucher des photos aussi, sûrement en abusant des fonctions “filtre” et “calque” de Photofiltre. J’avais également passée un été entier à sacrifier mes nuits pour jouer (si jouer peut se résumer à écrire des scénarios entiers de fan-fiction) sur un forum RPG de Harry Potter lorsque j’étais en troisième ! Ces premières interactions sociales reçues à travers un ordinateur n’étaient pas valorisées, et même légèrement mal perçues, tandis qu’aujourd’hui une jeune femme serait fière d’expliquer qu’elle a créé un blog avec ses deux petites mains, et que de fidèles lecteurs reviennent la lire régulièrement. J’avais donc un peu honte d’adorer à ce point de me sentir comme un poisson dans l’eau sur Internet. Mais aujourd’hui, mon ressenti est totalement différent, et je vais vous expliquer en quoi les réseaux sociaux ont en réalité été créés par et pour des personnes plutôt introverties.

 

L’introverti est habitué à gérer le trop-plein de stimulis

Si vous ne connaissez pas de personne introvertie (eh, ce n’est pas un gros mot !), je vais vous dévoiler leur avantage sur le reste de la population face à la dictature du smartphone. Un introverti est quelqu’un qui, s’il est silencieux, est contraint d’accueillir mille pensées à la seconde. Son esprit ne s’arrête jamais, du soir au matin, les idées fusent. C’est aussi dû à cela (ou inversement) qu’il ne prend parfois aucun plaisir à s’étendre dans de trop longues conversations interpersonnelles. En toute logique, il s’est donc habitué à se recentrer régulièrement sur le fil de sa pensée, comme il le fait lorsque son esprit s’emballe. Il est donc sur-entraîné à gérer la distraction qu’impose les médias sociaux face à la concentration ! On lit régulièrement ici ou là que le temps d’attention des gens ne cessent de baisser (il serait passé à 8 secondes), et plus particulièrement à cause des notifications que nous recevons tous à longueur de temps sur nos téléphones. Un introverti, lui, a déjà éduquer son cerveau à accepter cette distraction qui interrompt son travail de manière momentanée, et à rapidement la balayer afin de reprendre son activité initiale.

Sur les réseaux sociaux, les interactions sont choisies

Sur Instagram, facebook ou encore Twitter, il existe toujours une manière de couper court aux conversations embarrassantes. Dans la vraie vie, il est souvent difficile d’abréger une discussion inutile avec quelqu’un qui nous tient la jambe. Une personne introvertie a généralement encore moins d’arme pour se défaire (dans la vie réelle) d’une personne un peu envahissante… Quoi de mieux dans cette situation que de profiter pleinement de toutes les fonctionnalités proposées par les réseaux sociaux afin de limiter les échanges non constructifs ? La fonction “mute” de Twitter, le blocage de trolls, etc. Sans parler des problèmes (graves) du cyber-harcèlement, il est en principe possible de se défaire assez facilement d’un abonné malveillant ou juste collant. Et ça, c’est génial pour les introvertis.

L’apprentissage du dépassement de soi grâce aux réseaux sociaux

On a tendance à trop diaboliser les réseaux sociaux à mon sens. Je sais que s’ils sont utilisés à bon escient, ils peuvent être le déclencheur positif d’une envie d’aller vers les autres, de s’ouvrir, d’être encore plus curieux. Sur les réseaux sociaux, on apprend finalement à connaître d’autres personnes. Quelqu’un d’extraverti sourira sûrement de mes propos suivant, mais je vous assure qu’échanger quotidiennement sur les réseaux sociaux, pour une personne profondément introvertie, est une sortie de sa zone de confort, un dépassement, une prouesse. C’est aussi peut-être le moyen de déplacer petit à petit ces échanges du format digital au monde réel…

Aussi, l’introversion permet souvent une plus nette créativité. Je ne dis pas ici que les personnes au naturel plus extraverti seront moins douées pour mettre en avant leur talent créatif, mais simplement que les introvertis s’offrent plus de temps pour le travailler (tout simplement, quand ils ne sont pas avec les autres… et en principe, ça fait beaucoup de temps).

Les rois et reines des réseaux sociaux sont de grands introverti.es

Mark Zuckerberg lui-même a créé ce qui est devenu son empire facebook, alors qu’il travaillait dans son coin avec ses autres copains geeks à fabriquer un moyen de classer les filles de sa promotion (oui, c’est bien la triste histoire de la naissance de facebook). Un grand nombre d’influenceurs et influenceuses que je suivais à leurs débuts se retrouvaient à partager des morceaux de vie sur Instagram et dans leurs blogs par amour des échanges sociaux “calmes” et “maîtrisés” (entendez par-là, avec la possibilité de les modérer). Certains blogueurs très connus n’ont par ailleurs jamais partagé la moindre photo personnel, car ils ne désiraient pas s’exposer. Je ne sais pas vous, mais me concernant, les blogueuses que j’affectionne le plus sont celles qui ont une personnalité plutôt introvertie : Victoria de Mango & Salt, Zoé Macaron, ou encore Laëtitia de Eleusis & Megara. Elles passent beaucoup de temps à travailler leurs contenus. Et même si la mise en avant de leur personne leur a parfois demandé un travail personnel, elles y sont arrivées avec brio. Et ont trouvé une communauté qui leur ressemble, grâce à laquelle aujourd’hui, elles peuvent toutes trois vivre de leur passion.

Je me souviens aussi d’un été où je découvrais deux ambassadrices d’une marque de maillot se dévoilant quasiment nue sur des centaines de photos Instagram. Outre le fait que les maillots manquaient un peu de tissus à mon goût, c’est surtout cette aisance à se dévoiler sur le réseau social qui me perturbait. En discutant avec ma soeur, qui les a côtoyées, j’ai réalisé combien ces filles – suivies par plus d’un million de personnes à elles deux – étaient en réalité encrées dans leur solitude. Leurs photos publiées aux yeux du monde entier constituaient en effet un formidable masque pour leur introversion naturelle.

Avoir un caractère introverti ne signifie pas nécessairement vouloir être seul

(ou tout du moins, pas tout le temps !)introvertie réseaux sociaux
Si les introvertis se sentent parfois épuisés par trop d’interactions humaines non désirées, ils peuvent malgré tout aimer sincèrement les gens. Je parle en connaissance de cause. La majorité des personnes introverties ne ressemblent pas au stéréotype que l’on se fait d’elles, cloîtrées dans un coin du salon une tisane dans une main et un bouquin dans l’autre, à snobber les appels à sortie du week-end (bon d’accord, ça nous arrive, mais pas tous les jours tout de même !)

Il arrive que les réseaux sociaux apparaissent comme le meilleur moyen pour ces personnes de transmettre par écrit les messages qu’elles ne formuleraient pas à voix haute dans un contexte de face à face avec une personne. C’est aussi le cas avec les personnes timides, même s’il s’agit-là d’une autre problématique. Toutes ces personnes ont besoin d’une vie sociale, d’un réseau de pairs, d’échanges constructifs. Elles ont de belles choses à offrir à la communauté, et les réseaux sociaux rendent cela bien plus accessible.

 

Enfin, si l’on jette régulièrement la pierre aux réseaux sociaux pour tout le mal qu’ils peuvent nous faire, j’espère vous avoir convaincu qu’ils pouvaient aussi transformer la vie de personnes plus enclines à la solitude. Parmi leurs nombreux autres talents, dont nous parlerons souvent ici 😉
Pour conclure cet article, j’aimerais préciser au-delà de la caricature que les introvertis sont des gens comme vous et moi, et qu’il existe toujours des nuances à préférer aux généralités.

Céline AFONSO-TIREL // community manager freelance et consultante en communication digitale, spécialisée blogging & réseaux sociaux à Bordeaux. Mais aussi ancienne blogueuse maternité, et créatrice du micro coaching sur Instagram. J’accompagne les entreprises, les marques et les indépendants dans la prise en main de leur présence digitale.
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2 réponses à « Les réseaux sociaux quand on est introverti.e : enfer ou paradis ? »

  1. j’aime beaucoup cet article car je me reconnais dedans… Je me souviens à mes débuts dans le blogging (il y a 5 ans déjà), j’avais réalisé une interview où j’expliquais que j’étais quelqu’un d’introverti. La nana a eu du mal à me croire tant j’avais l’air cool, très ouverte, à l’aise devant l’appareil, etc.
    Dans la vraie vie et lorsqu’on me connait bien, je suis quelqu’un de très sociale mais également introvertie. Un peu comme toi…

    Les réseaux sociaux me permettent d’exprimer ce “moi” que j’ai du mal à montrer dans la vraie vie, et grâce aux réseaux sociaux je suis un peu plus à l’aise avec les interactions réelles.

    1. J’ai l’impression de me reconnaître également dans ton commentaire 😉
      C’est marrant. Beaucoup de gens ignorent que l’on peut être un grand introverti, tout en étant un grand communiquant qui possède une certaine sociabilité. C’est très vrai ce que tu dis sur les réseaux sociaux, ils permettent d’exprimer beaucoup de ce que l’on doit contenir en tant qu’introvertie modérée 🙂

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